Samedi 22 mars 2008

L'art radiophonique est l'usage de la radio en tant que médium pour l'art.
L'art radiophonique n'est pas de l'art sonore – comme ce n'est pas non plus de la musique. (L'art sonore et la musique ne sont pas de l'art radiophonique simplement parce qu'ils sont diffusés à la radio.)
L'art radiophonique est de la radio.
La radio survient à l'endroit où elle est entendue, et non dans le studio où on la produit.
La radio est quasiment toujours entendue mélangée à d'autres sons : sons domestiques, de la circulation, de la télévision, du téléphone, des enfants qui jouent autour de soi, etc.
Le poste de radio de l'auditeur détermine la qualité sonore d'une oeuvre radiophonique.
Chaque auditeur entend sa propre version finale de l'oeuvre radiophonique, mélangée à l'ambiance sonore de son propre espace de vie.
L'espace radiophonique, c'est chaque endroit et tous les endroits où l'on perçoit la radio.
L'art radiophonique se compose d'objets sonores éprouvés dans l'espace radiophonique.
L'artiste radiophonique sait qu'il n'y a aucun moyen de contrôler l'expérience de l'oeuvre radiophonique.


Traduit / inspiré du RadioArt Manifesto de Robert Adrian.

par etienne publié dans : à propos communauté : ECOUTE ECOUTE
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Lundi 17 mars 2008
René Farabet, qui dirigea l'Atelier de Création Radiophonique de France Culture de 1969 à 2001, donne ici une conférence sur la radio en tant que succession de “théâtres”, c'est-à-dire de scènes, peuplées de sons-personnages, sur lesquelles on effectue des “opérations”, des actes d'écoute. Dans l'ordre vient l'espace mental de l'auteur-écoutant, puis le théâtre de la situation-même dont l'auteur vient prélever des fragments, puis le studio où il réagence les extraits de réel captés, et enfin, pour la dernière opération, l'espace mental de l'auditeur qui est l'ultime interprète – au sens fort – de l'objet radiophonique.
René Farabet possède une manière unique de parler du son et de la radio. Il manie une langue imagée, poétique, qui est peut-être la seule valide pour parvenir à représenter par le langage la complexité des phénomènes en jeu dans l'expression radiophonique. Ses propos peuvent être soumis au débat : ils engagent sa seule expérience en tant que producteur d'une émission devenue référence. Les formes et les codes radiophoniques inventés à cette époque-là régissent encore nos habitudes d'écoute.



Cette conférence (mp3, 52'21, 71.7 Mo), ponctuée d'extraits sonores des ACR, a été enregistrée par Radio Grenouille, à Marseille le 15 mars 2008, dans le cadre des rencontres Sons de plateaux #3 (pdf) à Montévidéo. On peut retrouver la prose de René Farabet dans deux textes sur le web : l'un est à propos des deux sons qui composèrent le générique de l'ACR pendant de longues années (un générique de Yann Paranthoën), sur le webzine exporevue ; l'autre est un développement de la question de l'écriture sonore telle qu'abordée dans la conférence, paru dans la revue espagnole Telos et disponible via la bibliothèque de l'ACSR (pdf). René Farabet a également fait paraître Bref éloge du coup de tonnerre et du bruit d'ailes, recueil de textes publié en 1994 chez Phonurgia Nova éditions.
par etienne publié dans : à propos communauté : ECOUTE ECOUTE
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Lundi 8 octobre 2007
« La philosophie moderne nous enseigne en gros dans son essence que chaque homme est seul, et qu'il n'est en communication avec les autres que d'une façon extrêmement fragile, par des paroles qui ne veulent pas dire ce qu'on voudrait leur faire dire et qui n'ont pas, pour les personnes qui les écoutent, le sens que la personne qui les a prononcées aurait voulu leur donner. Il y a une sorte d'articulation entre les hommes par les paroles qu'ils prononcent, mais c'est un mauvais engrenage, où il y a du jeu, des manques.
(...)
... avec un poste émetteur, on imagine très bien les individus chez eux, bien au chaud, en plein dans leur rêverie, appelant tout près d'eux, dans leur intimité, d'autres individus au moment où ça leur “chante”, comme on dit, simplement par la parole.
(...)
C'est une sorte de civilisation qu'on pourrait presque appeler primitive, puisqu'il n'y aura plus toute cette vie de société par laquelle les hommes sont tous demi-présents les uns aux autres. Il y aura dans cette solitude une sorte d'appel plus pressant, plus vrai, et peut-être une possibilité de réponse venant de loin, d'un endroit où la personne qui parle n'aurait peut-être pu aller. »

Entre les lignes de Radio et solitudes (pdf) de Brice Parain, philosophe français (1897-1971).

par etienne publié dans : à propos communauté : ECOUTE ECOUTE
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