Ramuncho, natif du quartier Ruisseau Mirabeau à
Marseille, décédé dans sa trentaine en voiture, a marqué discrètement quelques 45 tours d'un coffre exceptionnel. Morceaux choisis : Granada, un stéréotype hispanesque,
Esperanza, un cha-cha en bonne et due forme, puis, pour l'anecdote, Le temps des guitares, c'était aussi pour lui le temps d'après la mue, où la voix se montre moins à l'aise
sur un anatole yéyé pourtant estimable. Pour finir, retour à l'énergie de la jeunesse avec un tube, Maria Marie, une valse désuette qui pivote de mandolines en guitare électrisante sur
un twist endiablé.
Merci à BD oubliées pour l'extrait du Journal de Tintin n° 708, semaine du 17 mai 1962, et un grand merci à Emmanuelle
T. pour le prêt des 45 tours.
Jolie incongruité que la rencontre de l'entertainment télévisuel décontracté des années 60 avec l'avant-garde musicale la plus nonsense et un jeune pianiste gallois qui vivra
d'autres aventures par la suite.
En 1963, John Cage organisa pour la première fois la rendition dans son entièreté des Vexations d'Erik Satie, une pièce pour piano consistant en un seul motif répété 840 fois. La
performance dura plus de 18 heures.
Sur le plateau de “I've got a secret”, deux invités-mystère se prêtent au jeu des devinettes : John Cale, futur membre du Velvet Underground, qui fut l'un des douze pianistes à se relayer lors de
la performance, et un comédien de Broadway, Karl Schenzer, l'unique spectateur qui resta dans la salle du début jusqu'à la fin du concert.
Dans Pour les oiseaux (Éditions de l'Herne, 2002, p. 184), John Cage raconte : « Beaucoup de gens étaient au courant de ce qui allait se passer. La plupart ne voulurent pas venir,
parce qu'ils pensaient qu'ils savaient ce qui allait arriver. Et même ceux d'entre nous qui jouaient pensaient que nous allions vers quelque chose de répétitif : nous autres, les pianistes, nous
devions bien être au courant. Mais il arriva ceci, que dans le cours, justement, de ces dix-huit heures d'exécution, nos vies changèrent. » À propos des Vexations, voir les articles
anglais et français de Wikipedia, et la page de l'Université de Hanovre pour un enregistrement complet et une analyse très fournie de l'interprétation. On peut écouter sur Ubuweb une
version “sans piano” par divers instrumentistes, peut-être un peu tirée par les cheveux mais plus divertissante car forcément
plus variée.
Où l'on se rend compte que plus de 50% de la zone de réception du 88.8 MHz FM à Marseille se trouve en pleine mer. Ce qui ouvre des
perspectives en terme d'eaudimat.
Avant un hypothétique classement dans le bac des minimalistes répétitifs, il faudra trouver un métronome qui n'a pas la tremblotte. Un ou deux rythmes pré-programmés d'un synthé midi mâtinés de
réveil-matin, d'autres percussions sur lames et quelques instruments à soufflet suffisent à ce concept-album de même pas neuf minutes. Neuf minutes et dix espèces d'interludes télévisuels assez
casse-pieds et assez charmants. La voix humaine fait une seule apparition, et pas n'importe laquelle : un grognement mongoloïde en vague dédicace pour celui qui l'écoute.
En tapant “instants déchirés” dans un moteur de recherche sur Internet, on obtient seulement trois résultats et rien qui n'ait à voir avec notre trouvaille. En revanche, “Jacques Lederlin”
devrait nous en apprendre davantage, mais pas grand chose non plus : pour le moteur de recherche, ce monsieur est catalogué comme compositeur de musique de film et c'est tout. En croisant nos
souvenirs avec l'ami qui nous a mis entre les mains ce mini-cd intriguant, il s'avère que les Instants déchirés ont été distribués gratuitement par le festival d'art vidéo Argos à
Bruxelles en 2003 ou 2004. Et seraient la bande-son d'un film réalisé par Joëlle de la Casinière avec qui travaille pas
mal Lederlin, mais lequel ? peut-être Televessel dont le résumé paraît s'accorder le mieux au contenu
sonore.
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