Ramuncho, natif du quartier Mirabeau à Marseille, décédé dans sa trentaine en voiture, a marqué discrètement quelques 45 tours d'un coffre exceptionnel. Morceaux choisis : Granada, un
stéréotype hispanesque, Esperanza, un cha-cha en bonne et due forme, puis, pour l'anecdote, Le temps des guitares, c'était aussi pour lui le temps d'après la mue, où la voix se
montre moins à l'aise sur un anatole yéyé pourtant estimable. Pour finir, retour à l'énergie de la jeunesse avec un tube, Maria Marie, une valse désuette qui pivote de mandolines en
guitare électrisante sur un twist endiablé.
Merci à BD oubliées pour l'extrait du Journal de Tintin n° 708, semaine du 17 mai 1962, et un grand merci à Emmanuelle
T. pour le prêt des 45 tours.
Les n pièces sont de durée et de forme variées. Si c'était une série graphique, cela pourrait être une huile sur toile, une photographie, une gravure sur bois, un collage. Recherche (mp3, 3.9 Mo, 2'55) est le résultat d'une semi-automatisation. Quand la lie du harddrive
remonte sous les doigts.
L'art radiophonique est l'usage de la radio en tant que médium pour l'art.
L'art radiophonique n'est pas de l'art sonore – comme ce n'est pas non plus de la musique. (L'art sonore et la musique ne sont pas de l'art radiophonique simplement parce qu'ils sont diffusés à
la radio.)
L'art radiophonique est de la radio.
La radio survient à l'endroit où elle est entendue, et non dans le studio où on la produit.
La radio est quasiment toujours entendue mélangée à d'autres sons : sons domestiques, de la circulation, de la télévision, du téléphone, des enfants qui jouent autour de soi, etc.
Le poste de radio de l'auditeur détermine la qualité sonore d'une oeuvre radiophonique.
Chaque auditeur entend sa propre version finale de l'oeuvre radiophonique, mélangée à l'ambiance sonore de son propre espace de vie.
L'espace radiophonique, c'est chaque endroit et tous les endroits où l'on perçoit la radio.
L'art radiophonique se compose d'objets sonores éprouvés dans l'espace radiophonique.
L'artiste radiophonique sait qu'il n'y a aucun moyen de contrôler l'expérience de l'oeuvre radiophonique.
René Farabet, qui dirigea l'Atelier de Création Radiophonique de France Culture de 1969 à 2001, donne ici une conférence sur la radio en tant que succession de “théâtres”, c'est-à-dire de scènes,
peuplées de sons-personnages, sur lesquelles on effectue des “opérations”, des actes d'écoute. Dans l'ordre vient l'espace mental de l'auteur-écoutant, puis le théâtre de la situation-même dont
l'auteur vient prélever des fragments, puis le studio où il réagence les extraits de réel captés, et enfin, pour la dernière opération, l'espace mental de l'auditeur qui est l'ultime interprète –
au sens fort – de l'objet radiophonique.
René Farabet possède une manière unique de parler du son et de la radio. Il manie une langue imagée, poétique, qui est peut-être la seule valide pour parvenir à représenter par le langage la
complexité des phénomènes en jeu dans l'expression radiophonique. Ses propos peuvent être soumis au débat : ils engagent sa seule expérience en tant que producteur d'une émission devenue référence.
Les formes et les codes radiophoniques inventés à cette époque-là régissent encore nos habitudes d'écoute.
Cette conférence (mp3, 71.7 Mo, 52'21), ponctuée d'extraits sonores des ACR,
a été enregistrée par Radio Grenouille, à Marseille le 15 mars 2008, dans le cadre des rencontres Sons de plateaux #3 (pdf) à Montévidéo. On peut retrouver la prose de René Farabet dans deux textes sur le web : l'un est à propos des deux sons qui composèrent le générique de l'ACR
pendant de longues années (un générique de Yann Paranthoën), sur le webzine exporevue ; l'autre est un
développement de la question de l'écriture sonore telle qu'abordée dans la conférence, paru dans la revue espagnole Telos et disponible via la bibliothèque de l'ACSR (pdf). René Farabet a également fait paraître Bref éloge du coup de tonnerre et du
bruit d'ailes, recueil de textes publié en 1994 chez Phonurgia Nova éditions.
On continue d'égrener le chapelet des n pièces. Épie (mp3, 14.5 Mo, 10'38) s'aventure aux limites des capacités d'implication actuelles de
l'auteur. Toutefois, il est possible de lui en demander plus.
S'il fallait vous présenter mes miettes préférées de ce pudding que fut l'Anniversaire de l'Art, fofolle émission de variétés conçue par Radio Grenouille le 17 janvier 2008 en
l'honneur de l'initiative de Robert Filliou, je vous parlerais de celles-ci.
Pour commencer : une “chanson” (mp3, 4.5 Mo, 3'18) de DjpP, dont j'ignore le titre mais qui
devrait se retrouver bientôt sur un vrai disque, inch'Allah ! Du travail de DjpP alias François Billard, son site en parle
en long et en large et vraiment mieux que personne, mais comme il est souvent indisponible, à l'instar de son myspace qui, comble de
tout, ne présente aucun titre à l'écoute (!), il faut quand même dire ici combien sa musique est autant (faussement) discrète que (véritablement) fine et précieuse. La voix déraillée, tantôt
gaillarde tantôt hébétée, les textes assez brouillés pour qu'on ait envie de revenir s'y perdre, cachent bien – et malicieusement – une certaine sophistication des bandes musicales. Occupant le
créneau périlleux car hyper-saturé de la “boucle”, ses musiques nous bercent et nous bernent par les multiples entrelacs qui y ont été glissés. C'est souvent délicieux. Billard/DjpP mérite bien
davantage d'écoute, alors pour une rencontre avec l'individu sans kilt mais avec rouflaquettes, je vous conseille d'écouter ce Salon de musique de février 2007.
Pour continuer dans le charme de cette nuit d'hiver, il faudra détendre l'oreille à l'intervention
(mp3, 12.8 Mo, 9'24) du “DIAL-A-DIVA dance band DJ” alias Zoë Irvine. Cette artiste sonore de Glasgow emprunte ici comme pseudonyme le titre de son projet téléphonique planétaire
DIAL-A-DIVA. Elle présente ce qui s'apparente à de la sélection de disques en bonne et due forme.
Bon sang mais c'est bien sûr, le téléphone, malgré ou grâce à son spectre réduit, va comme un gant au gramophone ! et les 78 tours peuvent ainsi se moquer des kilomètres comme du temps qui les
sépare de nous. La suite du programme continuera de fêter l'analogique.
Olivier Zol est venu avec sa petite table de mixage et ses deux câbles. Bouclée sur elle-même (c'est-à-dire, en gros, la sortie branchée sur l'entrée) et manipulée d'une certaine
manière (voir cet extrait vidéo d'un concert à la lampe), la table de mixage révèle des sons inouïs, habituellement cachés ou
bien soigneusement évincés de ce qui s'avère être une palette extrêmement riche. Une performance
(mp3, 8.6 Mo, 6'19) à écouter pas forcément très fort (quoi qu'en disent les snobs) mais avec tout le corps (quoi qu'en disent les autres). D'Olivier Zol, voir aussi le travail audiovisuel ainsi que, parmi les réalisation de son label Bourbaki,
et ce dans un registre étonnamment différent, les compositions Pianos Fer dont il faudrait créer l'occasion d'en
parler car il y a à dire...
Et puis pour terminer, la cerise sur les miettes, sur le coin de table dans le pli de la nappe, un exemple parmi d'autres du karaoké qui a eu lieu ce soir-là : Boys don't cry (mp3, 3.6 Mo, 2'39) entamé par John Deneuve, poursuivi par
Emy Chauveau et achevé en spéciale dédicace pour ses “garçons”. Puisque tous les prétextes sont bons, il ne faut pas hésiter à aller à la rencontre du travail de John Deneuve,
prolifique (son site renvoie à d'autres pages où ses pièces musicales, sonores, radio, sont librement téléchargeables ; à souligner
notamment la fondation nouvelle d'un netlabel : Ponyclubinternational), et d'Emy Chauveau, artiste non moins foisonnante, dont
on peut trouver des traces désorganisées ici et là, par exemple.
Les restes de l'émission Anniversaire de l'Art peuvent être consommés au frigo de Radio Grenouille.
Jolie incongruité que la rencontre de l'entertainment télévisuel décontracté des années 60 avec l'avant-garde musicale la plus nonsense et un jeune pianiste gallois qui vivra
d'autres aventures par la suite.
En 1963, John Cage organisa pour la première fois la rendition dans son entièreté des Vexations d'Erik Satie, une pièce pour piano consistant en un seul motif répété 840 fois. La
performance dura plus de 18 heures.
Sur le plateau de “I've got a secret”, deux invités-mystère se prêtent au jeu des devinettes : John Cale, futur membre du Velvet Underground, qui fut l'un des douze pianistes à se relayer lors de
la performance, et un comédien de Broadway, Karl Schenzer, l'unique spectateur qui resta dans la salle du début jusqu'à la fin du concert.
Dans Pour les oiseaux (Éditions de l'Herne, 2002, p. 184), John Cage raconte : « Beaucoup de gens étaient au courant de ce qui allait se passer. La plupart ne voulurent pas venir,
parce qu'ils pensaient qu'ils savaient ce qui allait arriver. Et même ceux d'entre nous qui jouaient pensaient que nous allions vers quelque chose de répétitif : nous autres, les pianistes, nous
devions bien être au courant. Mais il arriva ceci, que dans le cours, justement, de ces dix-huit heures d'exécution, nos vies changèrent. » À propos des Vexations, voir les articles
anglais et français de Wikipedia, et la page de l'Université de Hanovre pour un enregistrement complet et une analyse très fournie de l'interprétation. On peut écouter sur Ubuweb une
version “sans piano” par divers instrumentistes, peut-être un peu tirée par les cheveux mais plus divertissante car forcément
plus variée.
« En musique, nous devrions nous contenter d'ouvrir les oreilles. Tout peut entrer musicalement dans une oreille ouverte à tous les sons ! Non seulement les musiques que nous jugeons belles,
mais la musique qu'est la vie elle-même. Par la musique, la vie prendra de plus en plus de sens.
Mais vous voyez bien qu'il faut, d’une certaine manière, abandonner la musique pour qu'il en soit ainsi. Ou du moins, ce que nous appelons musique ! (…)
Si nous acceptions de laisser de côté tout ce qui s'intitule “musique”, toute la vie deviendrait musique ! »
John Cage, Pour les oiseaux, Éditions de l'Herne, 2002, p. 65.
Trace d'une performance (mp3, 10.2 Mo, 5'38), enregistrée par Camille Olivier pendant
l'atelier Écrire, par hasard ? animé par Sebastian Dicenaire les 15 et 16 février 2008.
Ces pièces sont sans conteste des pièces de l'hiver.
Composées dans Marseille sombre et glacé qui lentement se fondu-enchaînait dans Berlin.
Il y eut d'abord une expérience d'écoute, avec un appareil à oreillettes, dans la ville sur-occupée.
Je stoppai mon élan, m'arrêtai complètement et commençai à écouter en arrière (mais pas en arrière de la manière qu'on peut croire).
Puis, je fis un pas dans la forme vierge et vide d'un “autoportrait (de l'auteur) en artiste”. Reprends (mp3, 4.8 Mo, 3'33)
« Un enfant dans le noir, saisi par la peur, se rassure en chantonnant, il marche, s'arrête au gré de sa chanson. Perdu, il s'abrite comme il peut ou s'oriente tant bien que mal avec sa petite
chanson. Celle-ci est comme l'esquisse d’un centre stable et calme, stabilisant et calmant, au sein du chaos. Il se peut que l'enfant saute en même temps qu'il chante, il accélère ou ralentit son
allure; mais c'est déjà la chanson qui est elle-même un saut : elle saute du chaos à un début d'ordre dans le chaos, elle risque aussi de se disloquer à chaque instant. Il y a toujours une sonorité
dans le fil d’Ariane. Ou bien le chant d'Orphée. »
Gilles Deleuze, « De la ritournelle », Mille Plateaux, Éditions de Minuit, 1980, p.382. Le fil (mp3, 5.8 Mo, 4'01).
« La philosophie moderne nous enseigne en gros dans son essence que chaque homme est seul, et qu'il n'est en communication avec les autres que d'une façon extrêmement fragile, par des paroles
qui ne veulent pas dire ce qu'on voudrait leur faire dire et qui n'ont pas, pour les personnes qui les écoutent, le sens que la personne qui les a prononcées aurait voulu leur donner. Il y a une
sorte d'articulation entre les hommes par les paroles qu'ils prononcent, mais c'est un mauvais engrenage, où il y a du jeu, des manques.
(...)
... avec un poste émetteur, on imagine très bien les individus chez eux, bien au chaud, en plein dans leur rêverie, appelant tout près d'eux, dans leur intimité, d'autres individus au
moment où ça leur “chante”, comme on dit, simplement par la parole.
(...)
C'est une sorte de civilisation qu'on pourrait presque appeler primitive, puisqu'il n'y aura plus toute cette vie de société par laquelle les hommes sont tous demi-présents les uns aux
autres. Il y aura dans cette solitude une sorte d'appel plus pressant, plus vrai, et peut-être une possibilité de réponse venant de loin, d'un endroit où la personne qui parle n'aurait peut-être pu
aller. »
Entre les lignes de Radio et solitudes de Brice Parain, philosophe français
(1897-1971).
Nouvelle version, peut-être définitive, en tout cas avec un mixage plus fin, de Relax ! (nous sommes en
démocratie) (mp3, 10.1 Mo, 7'22), une pièce sonore de Floriane Pochon et Etienne Noiseau composée “dans l’allégresse, la somnolence, le dégoût et l’inquiétude”, quelque temps après les
dernières élections présidentielles en France. Cette pièce était à l'origine un complément de programme au numéro
113 de Radia.
Euphonia est un studio de création sonore basé à Marseille, associé à Radio Grenouille depuis sa fondation. Ce blog n'est pas une vitrine de nos activités, mais
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